Said Chakri: le caricaturiste passionné

Pour Saïd CHAKRI, un des dessinateurs les plus réputés du royaume, la caricature au Maroc est passée par des haut et des bas. Plus par des bas que par des hauts. Certains l’ont payé très cher. Trop cher même. Le seul fait positif que la caricature a concrétisé c’est la question de l’alphabétisation au Maroc : Dans les années 60, « Akhbar Assouk », hebdomadaire satirique rédigé en Darija, creva le plafond de plus de 115.000 exemplaires par semaine en peu de temps. Cependant, des recherches françaises, d’autres de l’UNESCO, affirmaient que plus de 60% de marocains étaient analphabètes.

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 Déclarations qui n’ont pas tenu compte du fait que la majeure partie des nous sont passé par les écoles coraniques où ils ont appris l’alphabet arabe. Ce qui voulait dire qu’ils pouvaient décrypter des phrases. La Darija (langue maternelle marocaine) aidant, l’hebdomadaire trouva un succès ahurissant…

Motion Street TV tente de faire découvrir cet univers très peu développé dans notre pays à travers cet entretien avec cet artiste autodidacte passionné.

 

Q. Said, en quoi consiste le métier de caricaturiste ? 

R. Le caricaturiste c’est un artiste qui utilise son crayon pour mettre en exergue le caractère maléfique ou bénéfique d’un personnage. Le personnage en question doit, par exemple, rappeler un démon ou un ange.

Le caricaturiste utilise aussi son crayon pour ridiculiser le comportement d’un personnage ou celui d’une communauté.

 

Q. D’où vous vient ce goût pour la caricature ? À quand remontent vos débuts ? 

R. C’est à l’âge de 12 ans que j’ai décidé de me mettre à la bande dessinée. Mais celle-ci est le parent le plus pauvre de tout l’art qui existe au Maroc. Il fallait donc se convertir au dessin de presse puis à la caricature pure et dure. Grace aux journaux nationaux.

 

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Q. Êtes-vous issu d’une famille ou un milieu artistique ? 

R. Nullement !

 

Q. Peut-on apprendre à dessiner ou c’est un don ? 

R. Grace au grand recul de mes 68 ans, je crois qu’au lieu de parler de don il faut parler d’amour pour ce qu’on fait, de détermination pour y arriver, de persévérance pour avancer et d’un grain de folie pour y avoir pensé. Si, le dessin, ça s’apprend.

 

Q. Où avez-vous appris à dessiner ?

R. À la maison. Tout seul comme un grand.

 

Q. Donc vous êtes autodidacte… La caricature vous a-t-elle ouvert les portes pour d’autres métiers ?

R. Je ne connais personne qui a commencé son chemin artistique directement comme caricaturiste. Généralement on apprend à dessiner, puis on s’intéresse au portrait et après on bifurque vers autre chose. Moi, j’ai commencé directement par la bande dessinée qui m’a ouvert l’opportunité de travailler comme story boarder, pour les projets de spots publicitaires dans une agence de pub. En agence de communication, j’ai fait beaucoup de graphisme, beaucoup d’illustrations, de maquettes volumes, de calligraphie et d’infographies. Implicitement, je me suis retrouvé intégré dans des maisons d’édition où j’ai fait beaucoup de brochures, magazines, journaux, caricatures, bandes dessinées etc…

Je suis devenu donc celui que l’on peut qualifier d’artiste polyvalent. En somme, un grand bricoleur. C’est la spécialité spécifique de tous les marocains dans tous les domaines. Même en politique. Et qui dit bricoleur, dit non professionnalisme.

 

Q. Qui dit caricature dit politique… Etes-vous de cet avis ? 

R. Vous savez, la caricature s’intéresse à deux choses essentielles : le personnage public et le comportement d’une communauté. Puis, vous pouvez y greffez tout ce que vous voulez : politique, économie, finance, société, sport, religion, écologie, enseignement, guerre, santé, science, … Donc, la caricature ce n’est pas exclusivement de la politique.

 

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Q. Comment vous vous inspirez ?

R. Il y a X façons pour s’inspirer avant de faire une caricature. À vrai dire, cela dépend de votre tempérament du jour. Mais je peux vous montrer une bonne méthode qui me plait spécialement. Après avoir été briefé sur le sujet du jour, je prends mon stylo et je commence à écrire. Beaucoup écrire. Ou plutôt réécrire le sujet. Soit pour le ridiculiser ou pour le dramatiser. Une page plus tard, j’arrête et je relis mon texte. À travers ses expressions, ses jeux de mots, ses sous entendus, ses entre les lignes, ses tournures, j’en sors des idées plus mures qui me serviront à faire des ébauches que je propose à la rédaction qui validera, améliorera ou trouvera à partir de vos propres idées une idée meilleure. Dans ce cas, vous auriez servi à déblayer le terrain pour en inspirer d’autres. Génial ! Sachez que le caricaturiste n’est souvent pas le maître à penser dans un journal. Ajoutez donc à l’inspiration le stress du délai et la frustration de voir les autres vous marcher sur les pieds.

 

Q. Parmi toutes vos caricatures, y a-t-il une qui vous a marqué ?

R. Il m’est très difficile de me prononcer là-dessus. Beaucoup de caricatures ne m’ont pas plus. Mais j’en ai adoré beaucoup d’autres. Comment en préférer une parmi tant d’autres ? Cela voudrait dire qu’on est majoritairement médiocre. Non ? J’ai parlé de polyvalences tout à l’heure. J’ai fait des dessins à l’instar de « Où est Charlie ? », j’ai beaucoup varié mon style de dessin au point de pousser les gens à douter de moi… Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis fier de ne pas avoir de préférence pour une seule de mes caricatures. J’estime que je ne suis, du moins, pas médiocre.

 

Q. Quelle place pour la caricature au Maroc ?

R. Et quelle place d’abord pour la simple dignité au Maroc avant de parler de caricature ? La vraie ? Vous savez, d’après mon vécu professionnel, une idée naît principalement aux états unis puis fait son petit bonhomme de chemin. Elle n’arrive en France qu’après cinq années et elle ne tombe entre nos mains qu’après vingt cinq années. Après la France pour qu’on soit clair. Autre constat pour vous enfoncer bien ça dans la tête : Il y a un peu plus de cent ans, la bande dessinée proliférait dans les quotidiens américains. Plus de cent ans après, ça n’a toujours pas commencé au Maroc. Conclusion : la caricature est un produit d’un occident qui regarde vers l’univers profond. Il n’a pas de place dans un pays de bédouins égarés dans leur propre désert.

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Q. Y a-t-il un espoir de voir cet art se démocratiser au Maroc ?

R. J’ai toujours prêché pour ne pas aller voter. C’est la seule force qui reste au peuple marocain. Elle (la force) serait simple, facile et nette. Simple parce qu’il n’y aurait pas de vote. Facile, parce qu’on ne se dérangerait pas pour aller voter et nette parce que le pouvoir en place saurait que personne ne voudrait de lui. Non monsieur, votre question est inappropriée et le Maroc ne sera jamais démocratique.

 

Q. Un génie de lampe vous propose de réaliser un seul vœu vous concernant… Quel serait votre vœu ?

R. Génie, lampe, vœu. Votre question traduit bien votre pessimisme sur l’histoire. Steve Jobs (le génie) avait eu un jour une idée (lampe ou ampoule) et il a créé Apple (son vœu). Et le nouveau monde fût. Mon vœu donc, celui des marocains aussi est obsolète et caduque. Pour répondre à votre question, il ne faut surtout pas avoir la peine d’y penser.

Said, merci.

Propos recueillis par Imam El baz

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